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Luc-Antoine Pakinawatik

Sa ténacité a forcé la création de plusieurs réserves indiennes

Bien qu’il fut principalement associé à la communauté de Kitigan Zibi, Luc-Antoine Pakinawatik aura été par sa ténacité, son intelligence et sa persévérance le déclencheur qui a finalement forcé les autorités anglaises à autoriser la création de plusieurs réserves autochtones.

Troisième fils de Hiacinthe Pakinawatik dont le nom signifie « arbre frappé par la foudre », Luc-Antoine Pakinawatik serait né sur les rives de la rivière Kitigan (rivière Désert) au cours de l’hiver 1803, mais ce n’est qu’au cours de l’été qu’il est officiellement baptisé à la mission du Lac des Deux-Montagnes (Oka). On assume que la famille Pakinawatik revenait chaque hiver vers ses territoires de chasse près des rivières Kitigan et Tenagadin (Gatineau), malgré les autorités religieuses qui souhaitaient sédentariser les groupes autochtones autour de la mission d’Oka.

À 22 ans, il épouse Geneviève Makwekijikokwe et c’est également à cette époque que le jeune Pakinawatik entreprend sa première expédition à la tête d’une douzaine de familles pour établir un lieu permanent près de la Kitigan Sibi. Il lui faudra encore 25 ans avant d’obtenir en 1851 la création d’une réserve spécifiquement pour les Algonquins et ce malgré les menaces des autorités religieuses d’Oka qui refusaient de distribuer les denrées normalement offertes aux familles autochtones vivant autour de la mission à ceux qui retournaient vivre dans leurs territoires de chasse traditionnels.

Alors que l’Ouest du Québec n’avait encore connu aucune vague importante de colonisation, le début des années 1800 allait changer bien des choses. Philemon Wright, un Loyaliste américain, quitte les États-Unis pour s’établir au Canada où les autorités britanniques lui ouvrent les portes de l’Outaouais, malgré la promesse de garder ces terres pour le seul usage des autochtones. En peu de temps, le territoire algonquin est envahi par les bucherons et les « squatters ».

Pakinawatik fera trois voyages en canot d’écorce jusqu’à Toronto avec ses compagnons pour porter la demande des familles algonquiennes pour la création d’une réserve. Profitant de l’arrivée en sol canadien des Oblats de Marie-Immaculée, il obtient l’appui des pères Thomas Clement et Bruno Guigues et présente une troisième pétition à Lord Elgin qui y consentira en 1951. Bien qu’il existait alors quelques petites réserves autochtones au Québec, le mouvement amorcé par les Algonquins fut également suivi par les Attikameks qui demandaient aussi que des terres leurs soient réservées. La loi adoptée en 1851 devait régler la plupart de ces cas. La réserve crée à Maniwaki comportait 45,700 acres, alors que celle de Timiskaming en comportait 38,400. Malheureusement cependant, celle de Timiskaming allait être amputée à plusieurs reprises. Elle ne compte plus aujourd’hui que 4 576 acres. Les deux réserves avaient été créées non seulement pour les Algonquins, mais on prévoyait aussi y déménager les Nipissings et les Atikamekw. Dans les faits, ces groupes ne s’y installèrent jamais, ce secteur ne faisant pas partie des territoires de chasse où ils avaient l’habitude de se rendre.

Luc-Antoine Pakinawatik était un des rares autochtones à savoir lire et écrire et on le disait perspicace et fort habile négociateur. La vie aura durement éprouvé le premier chef de la communauté de Kitigan Zibi. De son union naquirent 12 enfants dont six moururent en bas âge et deux autres durant leur enfance. Il perdit son épouse alors qu’elle n’avait que 43 ans et sa fille Philomene quelques mois plus tard. Son autre fille mourrait également à 22 ans en mettant au monde son troisième enfant. Seulement deux enfants lui survécurent. Luc-Antoine Pakinawatik mourrut à l’âge de 71 ans.