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Tessouat le Borgne de l’île

L'Algonquin qui a tenu tête à Samuel de Champlain

Le personnage de Tessouat, « l’Algonquin de l’Île », est probablement l’un des plus fascinants de l’histoire connue et documentée des Algonquins. Il fut l’un des plus brillants orateurs de son époque. 

Samuel de Champlain que les Eurocanadiens considèrent comme le fondateur de ce qui allait devenir le Canada en fait mention dès qu’il met le pied à Tadoussac en 1603. Les forces alliées composées des Innus (alors désignés sous le terme Montagnais), les Malécites (alors appelés Etchemins) et les Anishinabeg (que Champain désignera sous le nom « Algoumequins ») célèbrent une grande victoire sur leurs ennemis les Iroquois. 

C’est à cette occasion que l’explorateur français rencontre pour la première fois le chef Tessouat qu’il désignera parfois sous le terme de « l’Algonquin de l’Île », mais le plus souvent sous celui de Tessouat le Borgne. La description de la cérémonie à laquelle il assiste ne donne aucun doute quant à l’importance de cet homme, chef des Kichesipirinis de l’Île aux Allumettes. Champlain raconte ainsi dans ses récits de voyage que tous les guerriers et les femmes des différents groupes présents se dévêtissent complètement nus pour danser devant Tessouat et venir déposer devant lui des offrandes. On comprend que le chef algonquin est un personnage influent et qu’il a joué un rôle majeur dans la victoire qu’on célèbre. 

Champlain le comprend aussi et il sait que dans sa quête d’un passage vers les Indes il devra négocier avec lui. Lorsqu’il entreprend l’exploration de la Kichi Sipi (rivière des Outaouais) en 1613, il est reçu avec faste par Tessouat sur l’Île aux Allumettes, mais il est forcé de se plier à sa volonté lorsque celui-ci lui refuse le passage. Tessouat ne veut pas de perdre son rôle lucratif d’intermédiaire entre les Français et les autres nations, dont les Hurons, qui viennent chaque année échanger leurs fourrures contre des denrées. L’île de Tessouat entourée de dangereux rapides est une véritable forteresse et le chef perçoit un droit de passage sur tous les groupes qui doivent traverser son territoire.

Tessouat et les Jésuites Tessouat l'éternel

Tessouat et les Jésuites

Tessouat ne se fera pas que des amis parmi les nouveaux arrivants. Les Jésuites venus pour convertir les Indiens trouveront en lui un opposant. Tessouat est attaché à ses traditions et à ses croyances religieuses et il ne se laissera pas convaincre facilement d’adhérer à leur religion. Dans leurs écrits, ils ne manquent jamais de le dépeindre négativement : « Voir un homme tout nu, qui n'a ni chaussure au pieds, ni autre habit qu'un méchant bout de peau qui n'abrie que la moitié de son corps, disgracié de la nature n'ayant que la moitié de ses yeux, car il est borgne, sec comme un vieil arbre sans feuille, voir, dis-je, un squelette, ou plutôt un gueux, marcher en président, et parler en roi, c'est voir l'orgueil et la superbe sous des haillons. » (RJ, vol. 14, p. 156).

Tessouat n’est guère impressionné par les menaces des Jésuites et il leur fait comprendre. En 1638, le père Jérôme Lalemant remonte la rivière pour se rendre en pays Wendat et refuse de payer le droit de passage à Tessouat. Il pousse l’audace jusqu’à remonter dans son canot pour reprendre sa route, mais Tessouat lance ses hommes à sa suite et le ramène sur l’île où il l’attache et le suspend à une branche. « Si ton Dieu est si puissant, qu’il vienne te détacher » lui dit-il. Le père n’eut d’autre choix que de se conformer à la règle.

Tessouat l\'éternel

Le nom de Tessouat revient souvent tout au long du 17e siècle dans les récits tant des explorateurs que des prêtres. En réalité, tous ceux qui devenaient chefs des Kichisipirinis adoptaient le nom de celui qui avait occupé cette fonction avant lui. Il y eut ainsi le Tessouat que Champlain rencontra en 1603 et qu’il visita sur son île en 1613. Tessouat Le Borgne serait mort en 1636 comme le racontent les Jésuites qui arrivent sur l’île alors que la communauté est en deuil. Le deuil de la communauté pouvait alors s’étendre sur deux ou trois ans au cours desquels le groupe pouvait lancer des expéditions punitives contre ses ennemis pour atténuer sa peine. Cela était d’autant plus vrai lorsque le chef était mort au combat.

Le second Tessouat aurait régné jusqu’à sa mort en 1954. Ce qui est toutefois surprenant, c’est que le nouveau Tessouat avait non seulement pris le nom de son prédécesseur, mais il avait également les même attributs physiques; maigres, peu élégant, brillant orateur et borgne. Contrairement à son prédécesseur, cependant, ce Tessouat accepta finalement d’être baptisé en 1643 et ce furent même le gouverneur Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance qui lui servirent de parrain et marraine. On lui donna d’ailleurs le nom de Paul Tessouat à cette occasion. On peut cependant douter de la sincérité de cette conversion. Le peuple de Tessouat était décimé par la maladie et menacé de partout par les Mohawks. Contrairement aux Hollandais et aux Anglais qui n’avaient aucun scrupule à vendre des armes à feu aux Indiens, les Français sous la pression des Jésuites, n’accordaient ce privilège qu’aux indiens convertis et baptisés.

http://classiques.uqac.ca/contemporains/savard_remi/algonquin_tessouat/algonquin_tessouat.html